14. A l’abri du succès

Un sacré brouhaha, un vacarme un chahut
la gauche autour d'une table ça y est ça devient tendu
Jaddot invité tout l'monde enfin tout l'monde sauf Mélenchon
Il est toujours relou, toujours râleur toujours ronchon 

Ils rêvent tous d'une gauche unie
Mais comme j'sais pus qui disait
À vouloir mettre tout à l'Ego,
ça finit en bourbier

Olivier s'la ramène, il fait de plus en plus fort
« Une candidature unique tout le monde s'est mis d'accord »
Julien Bayou tempère « Olivier à une grande gueule
Certes il s'est mis d'accord, mais il s'est mis d'accord tout seul »


Ils rêvent tous d'une gauche unie
Mais comme j'sais pus qui disait
Est qu'on a des nouvelles de Hulot ?
Il passe bien en télé

Hamon prend la parole et se perd dans une périphrase
« Allons debout les morts du passé faisons table rase »
Johanna Rolland persifle doucement
« Vaut mieux tout oublier quand on a fait six pour cent »

Quand j'vois Benoit, ça me rend triste
Il s'voyait d'ja en haut d'l'affiche
Trahie par  les siens, c'est normal
Quand tu rentres chez les socialistes

Ils rêvent tous d'une gauche unie
Mais comme j'sais pus qui disait
Tu va voir qu'ils vont mettre Hidalgo
Aubry va adorer

Ça se déchire sur le voile, en très bof en très bref
Delga un peu bourré menace d'aller à l'UNEF
Ça examine tout ça quasiment au microscope
C'est qu'il faut ce qu'il pour ne pas parler d'Europe


Ils rêvent tous d'une gauche unie
Mais comme j'sais pus qui disait
Avec trois ou quatre couteaux dans l'dos
C'est plus dur de gagner

À la fin d'la journée, il n’y a aucun consensus
Il y avait quatre grands courants, maintenant y en a quinze de plus
À cette photo d'famille, il manque encore l'oncle raciste
Voilà que dans l'lointain on aperçoit Valls qui rapplique

Ils rêvent tous d'une gauche unie
Mais comme j'sais pus qui disait
Ce n'est pas comme si on risquait gros
On est à l'abri du succès

13. Captain ACAB

  
Il a sorti son K-way noir
Il sent qu'il va bientôt pleuvoir
Des lacrymos et puis des coups
Il est toujours très pragmatique
Ce n'est pas qu'il est anti-flic
C'est les flics qui sont antitout
Quand il se souvient des carnages
Il a les crocs, il a la rage
Et même de la colère en rab
Captain Acab

Il a foi en ces utopies
S'il va en manif le sam'di
Comme d'autres à la messe le dimanche
C'est pour vaincre le capitalisme
Et pas mal d'autres mots en isme
Lui, il préfère les baleines blanches
Il a lu pas mal de pavés
Maint'nant il veut les balancer
Il est prêt à bouffer du sab'
Captain Acab

Il dit j'suis pas un numéro
Mais je sais qu'il a sur la peau
tatoué le nombre 1312
Il crache à tout vent bien en l'air
À la gueule des hélicoptères 
Qui volent dans le ciel de Toulouse
Quand en face de lui les condés
Lui donnent l'ordre de reculer
Il se refuse à faire le crabe.
Captain Acab


C'est pas qu'il est végétarien
Mais l'poulet il digère pas bien
C'est que ça lui plombe la panse
À choisir, lui préférerait
Bouffer du bourgeois du banquier
En guise de plat de résistance
Il aim'rait changer de régime
Affronter les cognes c'est sa gym 
Veut les réduire façon kebab
Captain Acab

Parce qu'il aime caillasser des banques 
Les keufs envoient direct les tanks
Quand ils veulent faire dans la dentelle
Il a compris, peut pas gagner
D'ailleurs promis, il s'est rangé
Maint'nant il leur offre des cocktails
Il pense aux familles des vitrines
Brisées avec sa barre à mine
ça lui a couté une gardav
Captain Acab

Et quand il ressort le lend'main
L'est accueilli par les copains
Comment ça va bien ? Pas trop mal
Pour tej l'odeur du comico
Plutôt que de se foutre à l'eau
Il préfère prendre une cuite royale
À grand renfort de bière de vin
Alors à 4 h du matin
Il connait plus que deux syllabes

ACAB

12. Tes lendemains

 
Souvent je les laisse au fond d'mes poches

C'est pour ça qu'ma langue est d'sortie

Ce n'est pas que je les trouve moches

Quoiqu'un peu si




Je ne les mets jamais en l'air

Je me les traine à bout de bras

Car je ne sais jamais quoi faire

De mes dix doigts




Je remets mon courage à deux mains

Pour qu'aujourd'hui en vaille la peine

Mettons nos joies d'hier en commun

Tes lendemains dans les deux miennes




Parfois pour me faire bien comprendre

J'les agite devant les copains

À tel point qu'ils refusent de prendre

Mes coups de main




J'fais des grands gestes c'est banal

Souvent ça ne ressemble à rien

Elles ont toujours beaucoup de mal

à faire le point




Je remets mon courage à demain

Pour qu'aujourd'hui en vaille la peine

Mettons nos joies d'hier en commun

Tes lendemains dans les deux miennes




Quand je me sens embarrassé

Elles se tordent dans tous les sens

Et elles commencent à s'embrasser

Quelle indécence




Elles ne sont pas vraiment adroites

Particulièrement quand je fauche

Elle demeure ballote et benoite

Mes deux mains gauches




Je remets mon courage à demain

Pour qu'aujourd'hui en vaille la peine

Mettons nos joies d'hier en commun

Tes lendemains dans les deux miennes




Et si elles ont mauvaise mine

les ongles rongés jusqu'au sang

C'est que l'existence me chagrine

assez souvent




Elles auraient besoin c'est normal

D'une manucure de jouvence

D'une épilation pour ce poil

Quelle négligence




Je remets mon courage à demain

Pour qu'aujourd'hui en vaille la peine

Mettons nos joies d'hier en commun

Tes lendemains dans les deux miennes




Alors pour se sentir utile

Elle s'empare de ce bout de bois

Et puis elles gratouillent malhabiles

du bout des doigts




Elles ne savent pas faire grand-chose d'autre

Que des chansons et des refrains

Elles aiment entendre claquer les vôtres

Tout à la fin 

11. Drite et Mache

 

LE PLAGIAT

DRITE : Qu’est ce que le plagiat Mache

MACHE : Le plagiat Miche, c’est quand tu copies ou que tu voles une idée à quelqu’un.

Pause

DRITE : Mais comment, on peut voler une idée, ça n’existe pas une idée.

MACHE : Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas quelque chose qu’elle n’existe pas. Les idées, Drite, c’est un peu comme des papillons qui volerait autour de nous ne permanence. On tend son filet, on en attrape quelques-uns, et ceux qui nous plaisent le plus, on les épingle

DRITE : Les épingles ?

MACHE : Oui, dans un grand livre, ou sous du verre pour pouvoir les admirer plus tard. Tu veux essayer d’attraper une idée Drite

DRITE : Oh, non ! C’est plus joli de les regarder papillonner.

LE CINÉMA

DRITE : Qu’est ce que tu fais, Mache ?

MACHE : Les yeux fermés je regarde un film

DRITE : Un film ? Mais qu’est ce que tu peux voir ? Tu as les yeux fermés

MACHE : Parfois, c’est avec les yeux fermés qu’on voit bien les choses

DRITE : Et là qu’est-ce que tu vois Mache ?

MACHE : Je vois, les ombres qui courent dans les rues et dans ma mémoire, les remords égarés, et les regards bleus qui inspire le désir . Je vois toutes les histoires du monde racontées tant de fois, et puis ça me rassure.

DRITE : Énervé Tu dis n’importe quoi Mache. Tu peux rien voir du tout. On ne peut pas regarder un film avec les yeux fermés !

MACHE : Parfois, Drite c’est la seule façon de faire

L’ÉVASION

DRITE : Qu’est ce que tu fais Mache ?

MACHE : Chut ! Ne fais pas de bruit.

DRITE : Tu creuses un trou ? Mais pourquoi faire ?

MACHE : Je creuse un trou pour m’évader d’ici. Silence maintenant, ils pourraient nous entendre.

DRITE : Qui ça, Mache ?

MACHE : Les mots, Drite, les mots pourraient nous entendre.

DRITE : Et alors ? Quel mal il y a si les mots nous entendent ?

MACHE : S’ils nous entendent, alors ils pourraient vouloir nous faire parler.

Drite réfléchit

DRITE : Je creuse avec toi, mâche

LE BEAU

DRITE : Que c’est beau !

MACHE : qu’est-ce que tu trouves beau Drite ?

DRITE : Le paysage devant nous, je trouve qu’il est beau 

MACHE : Oui, mais qu’est ce que tu trouves beau exactement ? La couleur du ciel, le mouvement de l’eau ? La forme des nuages ?

DRITE : Je ne sais pas Mache, un peu tout je pense. Pourquoi tu me demandes ça ?

MACHE : Parce que si je savais exactement ce qui est beau, je pourrais ainsi le recréer à chaque fois que je veux voir quelque chose de beau, je pourrais même le vendre, et puis…

DRITE : Regarde le paysage Mache

L’HORIZON

DRITE : Voilà, la ville, la forêt, les champs de blé, puis la rivière, et là-bas loin à l’horizon, il y a …

MACHE : L’horizon, qu’est ce que c’est ?

DRITE : L’horizon, c’est l’inatteignable

MACHE : L’inatteignable, mais comment on fait pour y aller ?

DRITE : Tu ne peux pas. L’horizon, c’est la lisière des choses. Un endroit qui n’existe pas, mais qu’on voit quand même.

MACHE : C’est l’inverse du vent en fait. Le vent existe et pourtant on ne le voit pas.

DRITE : C’est tout à fait ça.

Silence

MACHE : Mais le vent, lui, il peut y aller jusqu’à l’horizon. Qu’est ce qu’il y a là bas ?

DRITE : Là où le vent et l’horizon se rencontrent, Mache, c’est là que vit l’espoir.

LA FÊLURE

DRITE : Merde !

MACHE : Qu’est-ce qu’il y a Drite ?

DRITE : J’ai laissé tomber ma tasse. Elle est cassée maintenant. Mais c’était ma tasse préférée.

MACHE : Ce n’est pas grave Drite, tu n’as qu’à la recoller.

DRITE : Mais ce ne sera pas la même chose. Il y aura toujours une marque. Une cicatrice. Et ça me rappellera toujours qu’elle a été cassée.

MACHE : Et pourtant parfois tu sais, ça embellit

DRITE : Quoi ?

MACHE : Les fêlures.

 

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